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Les acteurs de Mai 68

Publié le 7 mai 2018 Mis à jour le 26 avril 2018

Découvrez les différents acteurs des contestations de mai-juin 68, et l’héritage de ces années contestataires.

Zoom sur... Les acteurs de mai 68

Le monde étudiant

Au milieu des années 1960, la génération des baby boomers, née au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, arrive à l’université. Celle-ci est mal préparée à cette massification, et propose un enseignement peu en phase avec les aspirations étudiantes.

Par ailleurs, la jeunesse est un milieu qui s’est politisé depuis l’opposition à la guerre d’Algérie : l’influence de penseurs marxistes est profonde, tout comme la fascination pour les régimes cubain et chinois et pour l’anarchisme. Le mouvement d’opposition à la guerre du Vietnam permet l’union des très nombreux groupes politiques radicaux qui apparaissent à cette période.

Plusieurs mouvements étudiants, notamment à Strasbourg, émergent dès 1965 autour de l’égalité filles-garçons dans les cités universitaires et de la « misère étudiante ». Le 22 mars 1968, le bâtiment administratif de Nanterre est occupé suite à l’arrestation de plusieurs militants lors d’une manifestation : les actions politiques se multiplient le mois suivant, aboutissant à l’occupation de la Sorbonne début mai, et à des actions dans de nombreuses universités en province.

Les conséquences de mai

La loi Faure, votée en novembre 1968, réforme profondément l’université en créant les UER (ancêtres des UFR) et en l’organisant autour de trois grands principes : l’autonomie, la participation des étudiants et des personnels à travers des conseils élus, et la pluridisciplinarité.


Le monde du travail

Après les années de privation au sortir de la guerre, la société française est florissante dans les années 50. L’essor des produits de consommation crée de nouveaux désirs, y compris dans les classes populaires. Or les années 60 sont marquées par le ralentissement économique de certains secteurs (mines, sidérurgie) et des transformations profondes dans l’agriculture. Plusieurs mouvements sociaux importants ont lieu à partir de 1963, réclamant l’amélioration des rémunérations et des conditions de travail.

Le 13 mai 1968, les syndicats appellent à manifester en solidarité avec les étudiants, suite aux violences de la « nuit des barricades » (10 mai). Le succès de cette journée déclenche un mouvement spontané de grève et d’occupation d’usines partout en France, et se poursuivra tout au long du mois de juin avec des revendications similaires. L’occupation est vécue comme un moment de liberté et de réappropriation, propice à la réflexion sur les conditions de travail.

Les conséquences de mai

Les accords de Grenelle, négociés le 26 mai, conduiront à l’augmentation de 30% du salaire minimum, de 10% des salaires, à la limitation des heures supplémentaires et à la reconnaissance des délégués syndicaux.


Le monde artistique, du spectacle et des médias

Reflet de l’effervescence politique de la société, le monde artistique voit émerger des formes nouvelles au tournant des années 60 (les Nouvelles Vagues au cinéma, le happening, la pop music), tandis que s’affirme pendant toute la décennie une contre-culture protestataire aux États-Unis.

L’imagerie de Mai 68, ce sont d’abord les nombreuses affiches créées collectivement par les étudiants des écoles des Beaux-Arts, qui détournent les codes de la publicité. Des photographes majeurs (Gilles Caron, Marc Riboud) donnent aux événements ses icônes, tandis que de jeunes cinéastes filment au plus près les occupations et les manifestations, dans la continuité du « cinéma militant » initié dès 1967 par Chris Marker.

Le Théâtre de l’Odéon, occupé par les étudiants le 15 mai, devient un lieu symbolique du mouvement, alors que de nombreux techniciens du spectacle se mettent en grève en France. Des discussions collectives des professionnels du cinéma puis du théâtre remettent en cause l’organisation de ces milieux, tandis que le Festival de Cannes est annulé et que celui d’Avignon devient en juillet le prolongement des événements de mai-juin.

L’ORTF, télévision d’État, connaît également une grève massive jusqu’en juillet pour protester contre la censure du gouvernement. Elle aboutira au licenciement de près de cinquante journalistes.

Les conséquences de mai

L’ « esprit de mai » marque de nombreux artistes, et influence notamment le cinéma. Un cinéma engagé se développe rapidement (avec Costa-Gavras et Marin Karmitz notamment), tandis que le cinéma militant propose aux ouvriers de réaliser eux-mêmes des films sur leur quotidien.


L’héritage des « années 68 »

Malgré l’opposition du gouvernement gaulliste, le mouvement de contestation de mai-juin 1968 a abouti en France à des changements effectifs, avec l’obtention de nouveaux droits sociaux et la réforme de l’université.
Mais au-delà, ces « années 68 » ont profondément changé les mentalités, en transformant le rapport à l’autorité, désormais remise en question. Cela se traduira par la révolution sexuelle, l’émancipation féminine, le développement de la démocratie au travail, une nouvelle relation pédagogique au sein du système éducatif… Ainsi que par un renouveau de l’action politique dans les années 1970.

Deux grandes interprétations s’affrontent aujourd’hui : ainsi, certains voient ces mouvements comme une victoire collective, donnant durablement la parole à des groupes peu visibles auparavant, tandis que d’autres y voient le triomphe de l’individualisme dans une société en pleine croissance, ouvrant la voie au libéralisme économique des années 1980.

Sources :
68, une histoire collective,
Philippe Artières et Michelle Zancarini-Fournel, La Découverte, 2015
Mai 68,
Boris Gobille, La Découverte, 2008
Mai 68,
Laurent Joffrin, Seuil, 2008